La Sittelle kabyle retrouvée dans un cinquième biotope en Algérie

sittelle kabyle

Connue jusque là dans quatre sites (forêts domaniales du Babor, de Guerrouch, de Tamentout et de Djimla), la Sittelle kabyle (au nom savant Sitta ledanti) vient d’être observée à nouveau dans un cinquième biotope localisé dans un massif forestier de la région de Taher (Wilaya de Jijel). En effet, le professeur BELLATRECHE Mohammed de l’ENSA d’El-Harrach (Alger) spécialiste en Ornithologie est formel, il vient d’identifier la Sittelle kabyle dans le massif forestier de Béni Afer, plus exactement dans les forêts de chênes des communes de Oudjana et de Chahna qui dépendent administrativement de la Circonscription des Forêts de Taher.

C’est le jeudi 11 octobre 2018, vers 10H 45mn que l’observation a été faite durant des prospections sur la faune et la flore de la forêt de Béni Afer (Wilaya de Jijel).

Lors de ces prospections, le professeur BELLATRECHE Mohammed était accompagné de l’ingénieur LELLOUCHI Mohamed (de l’ENSA), de M. HELOULOU Ahmed Chef de la Circonscription des forêts de Taher, de M. MOUBHA Abdelmoumen Chef du District des Forêts de Oudjana et de M. MERABTI Chérif Agent forestier à Oudjana.

Observée pour la première fois en 1975 au sommet du djebel Babor, et identifiée en 1976 comme espèce nouvelle jusque-là inconnue, la Sittelle kabyle créa à l’époque l’évènement ornithologique dans le territoire du paléarctique, plus spécialement dans la région méditerranéenne. L’espèce est alors déclarée endémique du djebel Babor.

Mais en 1989, puis en 1990, la Sittelle kabyle est retrouvée dans trois nouveaux sites toujours dans la région de Petite Kabyle : la forêt domaniale de Guerrouch (le 16 juin 1989, Wilaya de Jijel), la forêt domaniale de Tamentout (le 12 juin 1990 dans les Wilayas de Jijel et Sétif) et enfin dans la forêt domaniale de Djimla (le 21 juillet 1990, dans la Wilaya de Jijel). La localisation de ces trois nouveaux biotopes a remis en cause pour la première fois l’endémisme de la Sittelle kabyle au mont Babor ainsi que l’affinité présumée de l’espèce avec le Sapin de Numidie (un arbre endémique d’Algérie, connu seulement du Babor).

La découverte de la Sittelle kabyle en 1975, 1989 et 1990, fut un véritable stimulant pour l’ornithologie algérienne, puisqu’aujourd’hui plusieurs programmes de recherches sont spécialement dédiés aux oiseaux d’Algérie par un grand nombre de laboratoires universitaires. Sans oublier que l’administration des forêts est également impliquée dans de nombreux projets relatifs à la conservation du patrimoine faunistique et ornithologique du pays.

De 1989 à fin 1993, de nombreux travaux de recherches consacrés à la Sittelle kabyle ont permis de recueillir de nouvelles données sur sa bio-écologie et sa biogéographie. Depuis, toutes les prospections réalisées, n’ont pas permis de retrouver l’oiseau.

A partir de 1993, toutes les recherches sont suspendues à cause des conditions sécuritaires et beaucoup de sites sont restés inaccessibles jusqu’à une date récente.

Mais, le 11 octobre 2018, au cours de prospections ornithologiques, les premières du genre, dans les forêts de la Circonscription des forêts de Taher, la Sittelle kabyle est ainsi observée dans la grande forêt des Béni Afer constituée par une chênaie mixte (à Chêne liège, Chêne afarès et Chêne zéen) qui se trouve à cheval entre les communes de Oudjana et de Chahna.

La Sittelle kabyle a été observée dans une grande partie de la forêt prospectée. La présence de l’oiseau, grâce aux relevés réalisés, a été notée entre 900 m et 1020 m.

Au plan écologique, la Sittelle kabyle est une espèce caractéristique des formations arborées sub-climaciques, à ce titre elle doit être considérée comme un bon indicateur écologique des chênaies caducifoliées et sclérophylles de la Kabylie des Babors.

L’observation obtenue le 11 octobre est importance, elle montre que :

  • Les prospections ornithologiques en Algérie ne sont pas terminées.

  • L’aire de répartition actuelle de la Sittelle kabyle qui est fragmentée (avec cinq biotopes), signifie que cette espèce reste écologiquement menacée.

  • Les biotopes actuels de la Sittelle kabyle ne sont pas à l’abri de risques potentiels et / ou réels représentés par une surexploitation sauvage, des coupes illicites ainsi que des incendies destructeurs qui sont les plus à craindre.

La Kabylie des Babors est le dernier refuge de l’espèce, sa distribution ancienne au moment de son apogée aurait coïncidé avec celle du Chêne zéen et Chêne afarès dont l’aire était beaucoup plus importante dans le passé, comme l’ont rapporté de nombreux travaux scientifiques.

En conclusion, il faut retenir que l’observation de la Sittelle kabyle dans les chênaies de Oudjana et Chahna permet de relancer le débat sur l’écologie de l’espèce et sur son aire de répartition en Algérie. Comme elle va également stimuler les recherches ornithologiques en Algérie.

Un article scientifique concernant cette découverte sera publié ultérieirement.